Leur a t-il fallut plus d’une nuit pour comprendre que celle-ci,
cette première passée ensemble allait offrir à celle d’hier,
la dernière qu’ils passeraient l’un sans l’autre…. ?
Lui sait bien que non ! Il sait !
Et elle aussi !
Se le sont-ils dit ?
Oh oui !
Et aujourd’hui, malgré leurs yeux gobés par quatre paupières usées,
malgré leur mains fripées,
gantées d’une peau si fine,
qu’on en voit les traits bleus de leur infimes tuyaux,
malgré eux,
malgré les mots,
malgré le temps,
aujourd’hui, encore,
encore ils se le disent tel un Baucis et une Philémon se jurant qu’aucun Chronos,
ni même un seul Jupiter ne sera les défaire.
Ah si seulement vous pouviez les voir !
… Si seulement…
Et sentir péter dans vos cœurs électriques,
des arcs de Saint-Elme ! Ah si seulement…
Si seulement… Une fois... Une seule... Une seule fois !
...
...
Ce matin, comme tous les autres,
il est allé la chercher.
Elle dormait.
Paisiblement.
Faisait-elle semblant ?
Avait-elle les oreilles tendues vers le chant
d’une paire de pantoufles ratatinées,
poussant par devant elles le parfum d’un Thé au Jasmin ?
Et lui ? jouait-il le jeu ?
comme depuis tant d’années ?
S’amusaient-ils l’un et l’autre
de l’un et l’autre,
comme depuis… depuis… depuis…
Et allait-il lui susurrer un ;
- Ma Chérie… Ils est neuf heures…
Et elle, de son énième murmure lui soufler un ;
- Ahhhhh ! Dééééééééééjàà?
.............................................. La suite : A vous ...


Les persiennes ne laissaient filtrer aucun rai de lumière. Alors à tâton, il ouvrit la fenêtre, poussa les volets pour laisser entrer chaleur et lumière, et il se retourna lentement pour lui sourire...
Mais le lit était désespérément vide, les draps bien tirés, la couverture remontée et l'oreiller bien rebondi...
Personne ne semblait avoir dormi ici depuis la nuit des temps...
à suivre...
… Dans ses mains, le plateau resta longtemps… Aussi longtemps que lui resta campé sur ses pauvres guiboles rouillées, elles mêmes plantées dans une paire de pantoufles pour lesquelles il mourrait deux fois s’il fallait… Mais à l’histoire de ses pantoufles, en cet instant il n’y pensa guerre !
Oui ! Oui ! le lit était bel et bien vide ! Sur l'oreiller, les seules traces visibles : celles d’un fer à repasser… Sur la table de nuit, la paire de lunettes soigneusement posée sur son mouchoir blanc, et à côté de la paire de lunettes, un verre. Un verre vide, lui aussi…
Et puis doucement, comme happées par on ne sait quel instinct, les pantoufles se sont misent siffler leurs rythmiques mathématiques, une par une, l’une après l’autre, lentement, religieusement, doucement…
Ne pas la réveiller… ! Pas comme ça, pas tout de suite, pas si vite ! Avant : poser le plateau aux pieds du lit, puis s’approcher… Et de l’extrême bout de l’index, lui caresser le front et s’attarder sur cette fine lisière ; frontière aux cheveux de bébé, de sa peau flétrie et de ses cheveux gris…
à suivre...