Jeudi 16 novembre 2006

Aujourd’hui j’ai pris le métro… Chose que la chance m’offre de faire rarement !

Cette promiscuité ! Ces odeurs… Ces yeux partout qui ne savent jamais où se fixer…

Ces mains partout qui ne savent jamais ou se poser…

Ces corps inconnus qui se collent les uns contre les autres…

Ces quintes de toux d’un voisin qu’on imagine sans peine tuberculeux…

Les agacements de l’avant dernier qui vient de sauter dans une rame bondée,

et qui se fait à son tour bousculer par un usagé bien trop pressé pour attendre la prochaine…

Mais comment font-ils ? Tous les jours ? Matin et soir ?

Comment font-ils pour trouver la force jour après jour, de répéter cet espèce de rituel

qu’ils subissent à défaut de pouvoir le supporter !?

Alors que mon corps était là… planté sur le quai…

Mes yeux ce sont posés sur un visage…

Un visage glaçant, tant il était marqué ! Un visage jeune !

Moins de la trentaine, et à peine plus de la vingtaine…

Sous ses yeux , de gigantesques cratères noirs … Et dans ses yeux…

D’énormes pupilles… Dilatées ! Bien dilatées ! Non par la came…

Mais par un sentiment, qui pour l’avoir bien connu, j’ai su lire au premier instant…

Celui de la colère… Cette jeune femme avait les yeux embués d’une colère sourde et profonde…

Gangreneuse et cannibale.

Elle s’est approchée, d’un pas étrange…

D’un pas sans vie ! D’un pas qui dit qu’il faut marcher parce qu’il le faut…

Et puis elle s’est arrêtée… à un mètre de moi, peut-être moins…

Elle a posé son sac, et puis elle a attendu…

Comme nous tous me direz-vous ! Mais non ! Non pas comme nous tous…

----- suite----

Moi aussi j’ai attendu…

En luttant pour ne pas aller chercher des miens,

ses deux yeux nichés sur leurs deux cratères…

Mais pourquoi ? Au juste…

Pourquoi était-elle là ? Ici ? A cet endroit ?

Pourquoi n’était-elle pas là bas ? Plus loin ?

La place y était ! L’espace aussi !

Elle aurait pu s’arrêter avant. Ou après !

Pourquoi avait-elle traversé tout le quai, pour venir poser son sac à un mètre de moi ?

Cette question je me la pose aujourd’hui,

Mais sur l’instant,

c’est son visage buriné qui m’appelait !

Je ne pensais qu’à lui ! Et à celle qui le portait !

L’inconnu possède une force d’attraction, c’est bien connu,

Et qui lutte pour s’en échapper, ne fait que s’en rapprocher… mais…

Elle m’aspirait, vous comprenez !

Pour de peu elle m’aurait phagocyté sur place

si le métro n’était pas arrivé !

Nous nous sommes approchées de la rame…

Elle en m’emboîtant le pas et moi en précédant le sien…

Les portes ce sont ouvertes…

Une première humaine s’en est extirpée, puis une seconde,

Un troisième puis un quatrième,

les corps ce sont détachés,

les bras crispés ce sont décontractés,

espérant pas la même monopoliser l’espace,

pour mieux réprimer nos tentatives d’incursion…

Voila... C'est tout pour ce soir...

... Bon alors maintenant vous le savez : je ne l'ai pas poussé...

Mais quoi alors ? Alors quoi ?

par laurence genoud publié dans : Lecture d'été

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